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Les humains préfèrent la Terre

 

par Estévan




L'oiseau d'acier qui gobait les soldats

Alors que le soleil pointait son nez orange à l'horizon, les Borges et les jumeaux pratiquaient comme d'habitude l'Unir près du ruisseau, aux eaux vives qui glougloutaient. Claris, suivait toujours cette exercice matinale avec distraction, copiant les mouvements assurés de son frère blond.
Tout le monde s'exécutait sous les rayons tièdes de l'étoile qui profilait derrière les montagnes aux pics déchiquetés. Leur synchronisation harmonieuse n'était rompue que par Claris qui singeait Jad avec un court instant de retard. Ils se mouvèrent longtemps, jusqu'à avoir les muscles endoloris. La jumelle de Jad ne taisait pas son mécontentement, grommelant des phrases inintelligibles.
Enfin, Bahir s'arrêta et Claris soupira de soulagement. L'aveugle à la chevelure immaculée paraissait soucieux, une ride creusait son front entre les deux yeux. Il annonça mystérieusement :
- Ils reviennent. Ils préfèrent la Terre.
- Qui revient ?, s'enquit Ellel, intéressée.
- Eux, répondit son père en pointant vaguement le ciel du doigt. Vous les entendez ?
Tous les autres fixaient l'immensité bleutée, bouche bée. Dans un bourdonnement semblable à celui d'une abeille, un vaisseau spatial atterrissait dans la montagne. Sur son flanc noir et longiligne, on distinguait la blanche Marque Humaine. Les Hommes retournaient sur Terre ! Quelle surprise ! Mais pourquoi ? Claris, toujours aussi téméraire, proposa avec gaieté :
- On y va ?
- S'il te plait papa, l'appuya Ellel. Ce sera marrant.
- C'est vrai, renchérit Deli dans un sourire.
- Bon, d'accord, accepta Bahir, acculé par les trois jeunes filles.
C'est ainsi qu'ils commencèrent la marche qui les séparait du vaisseau d'où sortaient des militaires empressés. Alors qu'ils gravissaient lentement un versant pentu, Jad interrogea le vieil homme, intrigué :
- Pourquoi reviennent-ils maintenant ?
- Je ne sais pas trop, déclara l'aveugle en évitant habilement un tronc d'arbre au milieu de sa route. Peuit-être le conflit a-t-il empiré ?
- Quel conflit ?, le questionna avidement le garçon.
- Le conflit qui opposait les écologistes aux informaticiens, révéla Bahir, perdu dans les méandres sinueux de ses souvenirs. Certains voulaient que l'on vive en osmose avec la nature tandis que d'autres désiraient encore se plonger dans l'informatique, les machines. Ces derniers ne tenaient pas compte de la catastrophe de la peste verte, ils s'en moquaient. Peut-être les écologistes ont-ils décidés de revenir sur Terre. Mais cette fois, pour y vivre plus sainement, comme nous.
Jad hocha lentement la tête en essayant d'imaginer la dissension, la lutte entre les deux camps. Puis, il tenta des rejoindre sa soeur, Ellel et Deli qui couraient bien devant. Il força l'allure mais n'y parvint pas et se prit les genoux, essoufflé et haletant. Fichu problème cardiaque ! Qu'il le haïssait ! Il resta donc près des parents Borges. Bahir avec humilité se laissait guider par Maya. Ils étaient en grande conversation. Jad, suivant des yeux les trois jeunes filles, ne leur prêta pas attention. Il se posait trop de question sur le retour des habitants d'Amazonia.
Ils atteignirent le vaisseau avant que l'astre solaire soit haut dans le ciel. En les voyant approcher, un homme au visage dur, aux cheveux ras, à la musculature imposante et à l'uniforme kaki vint à leur rencontre :
- Ainsi cette zone est habitée ! Pardonnez-nous terriens – un bref rire rauque le secoua brièvement -, nous ne le savions pas. Moi, dit-il en se rappelant qu'il ne s'était pas présenté, je suis le lieutenant Jack Gregory, responsable de la mission de reconnaissance.
Il serra fortement la main de Bahir. Celui-ci se chargea des présentations :
- Je m'appelle Bahir Borges, bibliophile. Voici mon épouse, Maya ainsi que mes deux filles : Ellel et Deli. Le garçon blond se prénomme Jad et la dernière demoiselle, Claris. Ce sont les enfants d'Eben le Duc.
Le militaire détailla un moment les jumeaux avant que Bahir le questionne avec curiosité :
- Pourquoi revenez-vous en reconnaissance sur Terre ? Vous allez vous y réinstaller ?
- Oui, Amazonia devient trop petite et trop polluée. Nous autres, les écolos, nous en avons plus qu'assez !, tempêta le lieutenant. Nous voulons revenir et nous essayer à votre mode de vie. Si vous nous accepter, bien sûr, tempéra-t-il.
Il attendait anxieusement la réponse de l'aveugle, suspendu à ses lèvres. Finalement, ce dernier annonça :
- Il faut demander ça à Eben. C'est lui qui prend les décisions. Si vous le souhaitez, nous pouvons vous y conduire.
- Si c'est nécessaire, je vous suis, dit Jack.

Permission

Ils étaient enfin arrivés au phare après des heures de marche dans la montagne. Bahir s'arrêta pour reprendre son souffle avant d'inviter Jack à le suivre. Il demanda aux autres de l'attendre à l'Aleph. Ceux-ci acquiescèrent avant de s'en aller vers la boutique de livres, laissant l'étranger et l'aveugle seuls.
Le bouquiniste fit monter l'escalier en colimaçon au militaire qui observait le décor tapissé d'ouvrages. Ils trouvèrent le Duc à son poste d'observation habituel, au plus haut niveau. Les mains dans le dos, Eben fixait le paysage pour une fois ensoleillé, rare, magnifique. Lorsqu'il perçut l'arrivée de Borges et du soldat, il se retourna. De profondes cernes noires maquillaient ses yeux fatigués : encore une escapade nocturne sur le dos de Longue-Vue. Il demanda en avisant Jack Gregory d'un oeil surpris :
- Ils reviennent finalement ? Pas étonnant.
-Pas tous, précisa l'aveugle. Seulement les écologistes. Ils veulent tester notre façon de vivre en harmonie avec la nature. Si tu le leur accorde. Voici le lieutenant Jack Gregory, il vient te demander la permission.
- Permission accordée, lâcha Eben en faisant un salut militaire au soldat. Vous pouvez disposer, lieutenant Gregory.
Bahir le regarda yeux écarquillés, stupéfait. Il ne se souvenait pas à quand remontait la dernière fois qu'il avait plaisanté ainsi. Il lui posa la question. Le Duc répondit dans un sourire éclatant, avec enthousiasme :
- Il fait un temps merveilleux ! Il n'avait pas fait un temps pareil depuis belle lurette ! C'est revigorant, ça me déride.
- Hum, marmonna Borges, septique en pensant que le soleil avait trop tapé sur le crâne d'Eben. Nous allons te laisser à ta joie, alors.
- Embrasse Jad et Claris pour moi.
- Pas de problème, assura l'aveugle avec un rictus amusé.
Jack et lui ressortirent sous le bombardement de questions du soldat sur la vie à Salicande. Il annonça aussi qu'il devait repartir sur Amazonia pour chercher le reste des écologistes.


Départ à l'arrivée

Ils mettaient de nouveau un pied devant l'autre sur le sol inégal de la montagne. Ils raccompagnaient le lieutenant Gregory puis ils retourneraient à la grange et poursuivraient leur vie d'enseignements en autarcie du monde fourmillant.
Après quelques heures, quelques ampoules douloureuses poussèrent sur leurs pieds. Le soleil descendait de son perchoir pour disparaître de nouveau. L'air se rafraîchissait et la faim se faisait sentir par des grondements insistants d'estomacs. Ils se hâtèrent, pressés d'être arrivés.
Enfin, dans la lumière orangée, ils aperçurent le vaisseau spatial. Les hommes s'activaient en tous sens, préparant à manger pour tout l'équipage. A quelques mètres de l'avion de l'espace, Jack promit aux Salicandais :
- Nous reviendrons dans quelques mois. Au complet cette fois-ci. Merci pour votre aide. A bientôt.
Il se dirigea vers sa troupe qui l'accueillit avec des hochements de têtes satisfaits. C'est alors que Bahir murmura :
- Départ à l'arrivée. Demain, ils seront partis. Rentrons, j'ai faim !
Ils se remirent en route devant le coucher de soleil orange.

 

Estévan le 24/05/2010 à 15h10

 

 

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PAR AVERIL H.

 

 

En haut de sa tour, Eben regardait le paysage. De ses yeux d'acier, il observait la Vire couler, la foret respirer, le château s'activer sous la lumière du soleil couchant.
"reviendra-t-elle ?"
Chaque jours, chaque nuit, chaque seconde, cette question l'envahissait, le grignotait. Depuis la disparition de Sierra, il n'était plus le même, il n'était plus, tout simplement. Une seule pensée venait le titiller : Sierra, sa bien-aimée.
"Pourquoi es-tu partie ma chère et tendre ? Pourquoi m'avoir laissé seul avec des enfants à qui je n'ose même pas parler ? Reviens-moi vite. Je ne puis supporter plus longtemps ton absence."
Son regard fut attiré par l'écurie. Claris, sa fille, allait se promener avec sa fidèle Clochette. La nuit...Sa fille aimait tout commme lui ! Les balades nocturnes à dos de cheval, leur voilà un point commun ! Le Duc sourit. Paut-être faudrait-il qu'il leur parle, le baiser du soir ne suffit surement pas.

Désarçonnée

"Ses bestioles m’agacent !" grogna Claris qui chassa les Vifs de l'air d'un coup sec. Elle ne les voyait pas ou plutôt, ne voulait pas les voir, tout ce qui concernait la magie, les pouvoirs psychiques la repoussait. A part si c'était une histoire bien narrée dans un bon livre !
En cette nuit étoilée, sur le dos de Clochette, elle se sentait bien. Le vent frais lui provoquait des frissons de plaisir. Ses cheveux en pagaille volaient, son nez humait les odeurs de la forêt. Elle était heureuse.
Puis...camomille ! Ca sentait la camomille. Son coeur se mit à battre plus rapidement, son regard s'emplie d'anxiété, de la sueur froide coula le long de son cou.
"Camomille, comme Maman... Non ! Non ! Il ne faut pas penser à elle ! Surtout pas !"
Elle partit dans un triple galop effréné croyant pouvoir fuir cette odeur chargée de souvenirs heureux mais tellement douloureux. Des larmes coulaient sur ses joues, elle ne pouvait y résister. D'un coup, elle fut projetée à terre, Clochette l'avait désarçonnée ! Cette dernière s'enfuit.
"Clochette ! s'écria Claris, Clochette ne m'abandonne pas, pas maintenant..."
Un hénissement déjà lointain lui répondit, Claris pleura de plus belle adossée à un arbre sur le bord du chemin. De petites lumières vinrent danser sous ses paupières, la réconfortant, lui enlevant sa peine, elle s'endormit.

Le Duc à la rescousse

Eben, magestueux sur Longue-Vue se promenait aussi sous la Lune. Il esperait croiser sa fille pour lui parler, apprendre des choses sur elle, car il est vrai qu'il ne savait pas grand-chose sur elle et Jad. Il allait falloir remédier à tout cela.
Au détour d'un chemin en lisière de forêt, Eben remarqua une masse sombre près d'un arbre, il s'approcha, regarda plus attentivement, Longue-Vue nâcla. Claris ! Elle était étendue sous un hêtre. Mais où était Clochette ? Que s'était-il passé ? Il mit pied à terre et courut jusqu' à sa fille.
" - Claris ? chuchota-t-il
Pas de réponse.
- Claris ! lui cria-t-il en la bousculant.
Un grognement lui répondit, signe qu'elle était en vie, Dieu soit loué. Il l'a pris dans ses bras et l'installa du mieux qu'il le put sur Longue-Vue, ce dernier ne protesta pas.
Claris gromella quelque chos. Son père se pencha et lui demanda ce qu'elle disait.
- Papa...Maman la camomille..."
Le Duc se raidit, pourquoi disait-elle cela ? Peu importe, il allait la ramener au château, la coucher dans son lit et lui parler le lendemain. Clochette reviendra d'elle même, il ne s'inquiétait pas pour elle.

 

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