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DÉCOUVREZ TOUT DE SUITE « AILLEURS »,

LE DEUXIÈME VOLET DES

ÉVEILLEURS

EN QUELQUES EXTRAITS

 

Claris

Je n’ai pas remercié je n’ai pas souhaité mon père mon frère mon père mon frère frère frère…

Trois jours qu’elle errait dans le dédale des passages oubliés qui reliaient le château de Salicande aux grottes dissimulées dans la montagne. Tandis qu’elle essayait de retrouver son chemin dans le lacis souterrain, tailladée par l’angoisse et l’urgence, elle se récita cette phrase tant de fois qu’elle perdit le sens des mots.

(…) La fille émergea de terre. Comme un animal cherche la chaleur de sa mère, elle choisit un endroit où s’attardaient les lambeaux d’un soleil pâle, et s’y assit. C’était son but : sortir. Mais pourquoi ? Elle ne savait plus.

Le soleil plongea derrière le glacier de la Licorne, le colorant de pourpre, allumant un court instant la crête du Dragon. Elle frissonna et baissa les yeux vers la vallée. Un village s’y pelotonnait. Une poignée d’habitations s’accrochaient aux coteaux autour d’un amas de ruines encore fumantes desquelles émergeait une tour. Le cœur de la fille s’arrêta de battre tandis qu’un dialogue lui revenait :

– L’incendie se propage, la salle d’études est en feu !

– Mon père ? Mon frère ?

– Ils sont dedans. Chandra et Ugh aussi. La salle s’est écroulée. Ils ne sont pas sortis. Ils sont dessous…

Elle avait voulu sortir pour les rejoindre, elle s’était perdue. Cet amas fumant était tout ce qui restait de son enfance.

(…)Ils sont dedans… Ils sont dessous… Mon père… mon frère… Le choc avait annihilé toute capacité de réflexion, tout sentiment. Son esprit était vide de pensée et gonflé de l’absence de son frère. Elle écoutait cette absence glacée s’infiltrer dans tous les pores de sa peau et les plis de son âme. Elle ne luttait pas. C’était plus fort qu’elle. Elle écoutait, sidérée.

 Lorsqu’il commença à faire trop froid et trop noir dehors, elle retourna à la grotte. Pelotonnée dans un coin, emmitouflée dans sa cape vert sombre, la profonde capuche rabattue sur les yeux, elle sombra dans un mauvais sommeil, une léthargie faite de cauchemars et de flammes.

 

Jad et Ugh

Je sais. C’est incroyable. Je veux dire, personne ne le croira. Ramsk ! Je n’ai jamais été bon avec les mots. Claris ferait ça bien mieux que moi. Ou Bahir, Ellel, Maya… Ou Jad. Mais Jad me parle à peine. J’écris exprès les noms qui font mal parce que c’est encore pire de les dribbler sans arrêt dans mon cœur. Lui ne veut pas en parler. Pas encore, a-t-il dit. Alors, j’écris dans la poussière grise.

J’écris parce que Jad ne me parle pas. J’écris pour ne pas devenir fou, je crois. Et puis, je suppose que cela n’a aucune importance. Personne ne lira jamais ces lignes qui s’effacent au fur et à mesure que je les trace. Je n’ai pas besoin de m’embarrasser de littérature… Tiens, c’est pas mal ça : « m’embarrasser de littérature » !

Par les couilles de la déesse, comme dirait mon père, je crois que je tourne autour du pot ! Bon, allons-y : moi, Ugh, fils de Chandra et de Blaise enfin, je crois – je me trouve avec Jad, mon ami d’enfance, dans un lieu… dans un lieu qui n’existe pas.

J’écris sur le sable ou la terre, enfin cette sorte de brouillard ou de poussière terne qui nous entoure. Nous ne sommes plus à Salicande et cet endroit ne ressemble à rien de ce que je connais. C’est gris. Vide. Silencieux. Ce n’est pas désagréable. Seulement incompréhensible. Complètement dément, même…

 

Maya et Blaise

Dans la rue, une silhouette enveloppée d’une houppelande s’arrêta devant la maison de Gerfaut. L’homme posa son sac. Ses mains tâtonnèrent ses vêtements, disparurent dans les plis puis effleurèrent ses poignets, sa nuque… Maya sourit.

­– Bonjour, Blaise ! Monte, par l’escalier extérieur !

Le contralto un peu rauque et mélodieux déferla sur l’homme et l’enveloppa. La voix de la Nomade était une œuvre d’art, une palette vivante où chaque couleur, chaque touche, chaque texture avait son importance.

  La surprise joyeuse, l’affection, l’hospitalité, la chaleur qu’elle avait injectées dans cette poignée de mots communs firent frissonner le Mandarin. Il saisit son sac et monta l’escalier en bois, lourd de la peine qu’il allait lui causer.

Maya ouvrit la porte, le sourire aux lèvres et les mains tendues, heureuse de retrouver son vieil ami, impatiente d’avoir des nouvelles des siens. Blaise lui rendit son accolade, les yeux fermés priant pour trouver les mots, ceux qui feraient le moins mal. Ce ne fut pas nécessaire. Quelque chose dans l’étreinte du Mandarin avertit Maya. Elle se dégagea et planta ses yeux cendrés dans ceux du Mandarin. Ramsk, ce regard qu’elle a  Et elle sut.

– Bahir… murmura-t-elle.

 

Jad et Ugh

Du gris translucide et profond se leva une présence. Lumière née de l’obscurité, abondance née du manque, elle chantait et il émanait d’elle non pas des notes mais des vibrations. Un nuage palpitant de lumière, un brouillard dense parcouru de brillances tels d’infimes éclairs se matérialisa devant les deux garçons.

Ils recevaient des sortes de décharges électriques qui se traduisaient chez l’un par des sons dont les modulations semblaient discordantes à la limite du supportable, chez l’autre par des tunnels de couleurs se superposant à une vitesse vertigineuse.

– Qu’est-ce que c’est que ça ? cria Ugh en se bouchant les oreilles tandis que Jad se cachait les yeux. (…)

– Je suis… dit une voix.

Venant de partout et de nulle part, elle avait le tranchant du métal et la fluidité de l’eau. Tonnerre et frémissement.

– Qui êtes-vous ?

– Énergie et information. Comme vous.

– Êtes-vous mort ?

– Nous n’avons jamais été vivants.

Interdit, Ugh se tourna vers son ami. Jad ne disait rien, des larmes coulaient sur ses joues. Ugh aussi se sentait tout remué. Trop remué.

– Vous n’avez pas de corps ?

– Pas au sens où vous l’entendez. Quoique…

Le nuage scintilla.

– Votre attention peut prêter vie. Comme ça.

La masse de lumière prit forme. Une forme verticale d’où jaillissaient de longs filaments, ondulant et palpitant de couleurs.

– Et votre intention peut façonner. Comme ça.

La forme se précisa : une silhouette humanoïde, immense, nue, dorée, le visage baissé et flou, nimbé d’une auréole mouvante – cheveux ou filaments. Il ou elle­ – le sexe était imprécis­ – avait les deux mains posées sur le pommeau d’une longue épée ignée. L’apparition dégageait une formidable puissance, rutilante de lumière.

– Gabriel… murmura Jad.

 

Claris

Le vent se leva et la forêt s’ébroua. Une pluie de pétales d’or se répandit depuis un bouquet de parasites qui poussait la tête en bas, racines accrochées au tronc de l’arbre sur lequel il était greffé. Ravie, Claris suivit des yeux les pétales qui tourbillonnaient gracieusement. En rencontrant les feuilles écarlates qui tapissaient le sol, les pétales jaunes fusionnèrent et… s’envolèrent, transformés en dizaines d’insectes orange !

Claris se frotta les yeux. Elle s’accroupit pour examiner les feuilles rouges, les toucha. Elles étaient douces, légèrement pelucheuses mais il s’agissait bien de feuilles, à la texture chaude et ferme, comme de la peau.  

Il y avait tant à voir… Arbres aux troncs énormes, arbustes, lianes, fougères arborescentes, parasites colorés, lianes velues entrelacées aux fleurs et aux plantes… Partout, de petites baies rondes entouraient les troncs comme des guirlandes de gui. Claris ramassa une branche pour en toucher une du bout de sa baguette. La baie se déroula paresseusement, révélant les dix paires d’ailes d’une chenille blanche qui s’envola.

Elle allait de découverte en merveille, de merveille en frayeur. À même les troncs de certains arbres râblés, aux branches fripées, étaient gravés des dessins. De minuscules visages monstrueux aux yeux globuleux. Claris caressa une gravure qui ouvrit la bouche pour la mordre faisant apparaître des dents comme des poignards miniatures. Elle retira son doigt en poussant un cri, réveillant les autres dessins qui se détachèrent du tronc pour y lamper le sang qui gouttait de son doigt blessé. (…)

Elle mit machinalement son doigt dans la bouche pour étancher le sang mais aucun goût âcre n’inonda ses papilles. Il n’y avait plus de sang, la blessure s’était refermée. S’il n’y avait eu des taches sombres sur son pagne, elle aurait pu croire avoir rêvé. En entrant dans la case, Claris s’aperçut que les taches avaient également disparu.

 

°

Les élémentaux voyagent parmi les mondes et traversent les dimensions

comme les hommes les rues de leur village.

Tels sont leur nature et leur pouvoir.

Tels sont ceux des hommes également.

Mais ils ne le savent pas…

 

 

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