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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 11:45
Bonjour !

Le froid est parti se coucher, faisant place au turbulent vent d'autan.
Le vent qui rend les enfants et les chats un peu fous…
Et les écrivains aussi !

Petite disparition pour cause de vacances d'enfants et d'immersion dans Les Eveilleurs II.
A la transpiration (voir article "Ecrire") ont succédé de réjouissants moments d'inspiration qui me font sortir de la douche en courant pour noter les idées avant qu'elles ne se noient.
J'y ai pêché aujourd'hui quelques jolis liens, des ponts entre des parties de texte.

Pour moi, ces instants d'inspiration où les idées viennent, sont souvent très courts, des micro-secondes et ils vous tombent dessus à n'importe quel moment pour peu que vous soyez réceptifs.
La douche est leur terrain de jeu favori. La promenade, aussi. Tout ce qui est contemplation: un feu de bois,
les nuages qui passent, les branches qui se balancent, les chats qui jouent dans le jardin, le babil des enfants…
Et la mer ! Je sais, c'est bateau, mais c'est comme ça.

Le hic —toujours dans mon cas—, c'est que les idées sont impatientes et fugaces. Elles passent, mêlées à un tas d'autres choses, souvenirs, liste des courses, projections… Et si je ne n'y suis pas attentive, si je ne les note pas tout de suite, elles disparaissent.

Ces courts moments  fonctionnent pour moi comme les réactions des lecteurs, comme les messages que vous laissez sur ce blog.
Emilie ne m'en voudra pas, j'espère, de reprendre ici ce que j'ai dit dans ma réponse à son commentaire.
C'est rare aussi pour un auteur de pouvoir dialoguer avec ses lecteurs ainsi, avec cette fluidité.
C'est un vrai cadeau.
Écrire est un travail très solitaire. Et si looooong…
On passe tellement de temps avec les personnages, l'univers, on travaille, on travaille, sans savoir s'ils vont trouver leurs lecteurs. Si la rencontre se fera. On ne sait pas qui achète le livre, ce que le lecteur a aimé ou pas, s'il a vibré, pleuré, rit…
Le blog permet un retour direct, sans intermédiaire et facile.
C'est du combustible de la meilleure qualité pour la machine à imaginer et à écrire !
Chaque message sur ce blog me rappelle pourquoi je passe tant de temps enfermée dans la cabane à pianoter sur un ordi, pourquoi je me lève la nuit ou sort de la douche en courant pour noter une idée, pourquoi j'ai parfois l'air d'être un peu… ailleurs.
Merci  !

 

Le Vrai Lecteur écrit le livre en le lisant. »

 

« Le Vrai Lecteur est à la fois l’auteur, les personnages et l’histoire.

Le Vrai Lecteur est le livre.

 

La Guilde se trompe.

Le Vrai Lecteur n’est pas celui qui comprend

ce que l’auteur a voulu dire.

Le Vrai Lecteur est celui qui, en lisant, réinvente le livre.

 Et s’il lit autre chose que ce qu’a écrit l’auteur,

alors celui-ci a gagné son pari, il a fait son travail.

 

Le Vrai Lecteur court tous les risques.

Celui de savoir ce que les personnages ne savent pas.

Celui de ne pas savoir ce que savent les personnages.

Celui de comprendre autre chose que ce que voulait l’auteur.

Le Vrai Lecteur s’en fout, il voyage…

 

Carnets de Sierra, extraits,

in Archives apocryphes de la Guilde des Nomades de l’Écriture.

 


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Published by Pauline Alphen
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 19:03

Bonjour,

 

Je reçois beaucoup de questions sur le métier d'écrivain. L'autre jour, une lectrice de 14 ans, lors d'une séance de signatures, m'a montré un classeur avec ses poèmes en me disant qu'elle voulait devenir écrivain. Il faut beaucoup de courage et de désir pour montrer ses textes à une parfaite inconnue. C'est en pensant à elle et à tous ceux qui se posent les mêmes questions que je reprends en partie une réponse faite à Olivia qui, je l'espère, ne m'en tiendra pas rigueur.

 

-------------

 

Le métier d'écrivain. Voilà un sujet qui me tient particulièrement à cœur.
Tout d'abord, en est-ce un?

Si un métier est ce qui nous permet de gagner notre vie, il faut répondre "non". Seulement 40 écrivains en France vivent de leur plume. C'est très peu si l'on sait qu'à la rentrée 2009, 430 romans français étaient annoncés —et cela n'inclut pas la littérature jeunesse!—.

L'écrivain n'est pas payé pour son travail. Il est payé en droits d'auteur, c'est à dire qu'il gagne un pourcentage qui varie généralement de 5 à 10% sur le prix de vente du livre en librairie. L'écrivain n'est pas non plus intermittent du spectacle, il n'est pas dédommagé pour le temps passé à la création de son livre. Qu'il passe 10 jours ou 10 ans à écrire un livre, c'est pareil, puisque son travail n'est pas rémunéré. En gros, il ne s'en sort que s'il vend BEAUCOUP de livres. Un drôle de système. Enfin, drôle n'est pas le mot…

Alors, bien sûr, je comprends ce que veulent dire les adultes qui découseillent à leurs enfants de choisir ces "métiers impossibles": écrire, dessiner. Ils n'apportent aucune certitude de succès —mais n'est ce pas vrai de tous les choix?— ni de revenus.
La plupart des écrivains ont donc un autre métier qui leur permet de gagner leur vie. Ils sont journalistes, ou traducteurs, instituteurs, professeurs et bien d'autres encore…

Bernard Lahire, chercheur au CNRS,  a consacré à ce sujet une étude formidable: "La condition littéraire - La double vie de l'écrivain" (Editions La Découverte). Il y dresse un portrait très complet de cette réalité.
Il écrit: "Les écrivains sont les maillons les plus faibles de la chaîne que forment les "professionnels du livre". A la différence des ouvriers, des médecins, des chercheurs ou des patrons, qui passent tout leur temps de travail dans un seul univers professionnel et tirent l'essentiel de leurs revenus de ce travail, la grande majorité des écrivains vivent une situation de double vie: contraints de cummuler activité littéraire et "second métier", ils alternent en permanence temps de l'écriture et temps des activités extra-littéraires rémunératrices".
Si l'on y ajoute une vie de famille et le fait que les enfants sont majoritairement à charge des femmes dans un couple, on arrive à un autre constat: les écrivains sont majoritairement des hommes (68,2%)

Tout ça n'est pas très encourageant.
Oui, c'est la réalité, et la raison veut que l'on dise aux apprentis écrivains ou peintres: être écrivain ou peintre n'est pas réalisable, c'est un métier impossible.
Pourtant les écrivains existent ! Chacun aurait certainement une histoire différente à te raconter et chacune serait source d'idées et d'exemples. Je vais vous raconter la mienne:

A 16 ans, au moment de faire des choix professionnels , je savais déjà que je voulais écrire. Et bien évidemmeny, on me disait que je n'en vivrais pas. En outre, il n'y a pas d'école d'écrivains. Si on veut devenir peintre, il y a les Beaux-Arts, si l'on veut être comédien, il y a des écoles et des cours de théâtre à foison, pour les danseurs aussi… Mais pour les écrivains, il n'y a rien. On n'apprend pas à écrire dans une fac de lettres. A analyser, critiquer, connaître la littérature oui, mais pas à écrire. C'est un peu pour ça que j'ai créé les Nomades de l'Écriture parce que j'aurais adoré aller dans une école ou une fac où l'on m'aide à apprendre mon métier. Parce que je ne partage absolumment pas l'avis de ceux qui disent qu'écrire ne s'apprend pas. Mais ça, c'est le sujet d'un autre article…

Bref, j'ai donc choisi un métier qui semblait se rapprocher le plus de l'écriture et correspondre à mon tempérament. J'ai fait une fac de journalisme et une fac d'histoire. Munies de ces deux diplômes, j'ai commencé à travailler dès ma sortie de l'université et, un peu plus tard, j'ai découvert un second métier: traductrice.

Pendant longtemps, je travaillais tout le temps et ce n'était pas toujours facile mais je payais mes factures. Le journalisme et la traduction m'ont effectivement permis de gagner ma vie et ce n'est pas rien !

Pendant toutes cex années, je continuais d'écrire. J'écrivais dans les marges de ma vie: la nuit, les week-ends, pendant les vacances… Je grignotais du temps dans le bus, dans le métro… J'écrivais sur les miettes de temps que me laissait la fameuse réalité.
Quand j'ai publié mon premier livre au Brésil, en 1998, j'avais des milliers d'heures d'écriture derrière moi, et des douzaines de textes dans mon ordinateur. D'autres livres ont suivi, un tous les 3 ans, toujours écrit sur les miettes de temps. Je ne pouvais pas m'atteler à des projets plus complexes. Je ne pouvais pas, par exemple, m'attaquer aux  Eveilleurs, seulement prendre des notes.

Le problème, c'est que le temps passait. Le temps passait et la pression interne était de plus en plus douloureuse. Je voulais consacrer plus de temps à l'écriture. Je voulais lui faire quitter les marges et la mettre au cœur de ma vie, qui était sa place. Un sentiment profond d'insatisfaction me taraudait en permanence. Mais comment faire?

La réponse est arrivée sous forme d'un grand chambardement —les grands chambardements sont souvent fructueux!—.
J'ai pris un virage, quitté Paris pour suivre mon compagnon dans le sud et je me suis retrouvée au chômage.

J'avais 18 mois d'indemnités. J'ai décidé de les passer à écrire.
Et tant qu'à faire, de les consacrer à un projet "impossible", irréalisable et déraisonnable: celui des Eveilleurs.
Ensuite, la chance s'en est mêlée et le projet a trouvé un éditeur. Je me suis consacrée à l'écriture du tome 1. Ecrire à temps complet ! Mon rêve…
Le livre que vous avez lu est le fruit de deux ans de travail incessant. Et de bonheur.
La réalité n'ayant pas disparu pour autant, si les lecteurs continuent au rendez-vous, je pourrais poursuivre, sinon… on verra.

Je voulais donc dire ceci: si vous voulez écrire ou dessiner, si cela vous hante, vous poursuit, si cela peuple vos nuits, vos rêves et vos désirs, vous le ferez. Quitte à faire autre chose pour gagner votre vie.
Et si ce blog peut  vous y aider, alors tant mieux !

 

BON DEBUT DE TEMPS VERT !

Pauline Alphen

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 12:30

La saudade a parfois des façons étranges d'arriver…

En ouvrant l'œil ce matin, j'étais bien décidée à me mettre sans plus tarder au travail. Il neigeait à nouveau, cette virginité serait propice pour attaquer un passage délicat du texte que je tricote depuis des jours.

J'ai donc couru à la cabane pour allumer le chauffage et je suis rentrée pour me faire un café. J'ai donné à manger au chat et, à moitié endormie encore, j'ai siroté mon premier café en écoutant la radio.

Un couple racontait son voyage à vélo, en tandem, en Amérique latine. Ils disaient comment ce voyage avait changé leur vie, comment ils étaient revenus différents, plus préoccupés à vivre la vie, plus simplement et profondément.
En regardant la neige tomber, je pensais à mon pays, à mon continent. Et de fil en aiguille, à ma famille qui y vit. Ma mère, hier, m'a dit qu'il faisait très chaud. La radio a enchaîné sur une vieille chanson: "I love just the way you are" de Billy Joel. Et voilà que je me mets à pleurer dans mon café !

Cette chanson date de 1977 —oui, je sais, les Temps d'Avant, quoi— , je l'écoutais en boucle, la tranquant sur les ondes dans la voiture qui m'amenait tous les matins au Lycée Pasteur de São Paulo. J'avais 16 ans. Pourquoi, à cet âge là, la musique est-elle si vitale? Peut-être parce que les artistes disent, sans pudeur, ce que nous ne pouvons pas dire à cet âge là. Ou même après! Qui a le courage de déclarer : "I said I love you and that's forever"?? Alors qu'à 16 ans, c'est exactement ce que l'on sent quand on aime: que c'est pour toujours…

La saudade… Cette mélancolie douce amère… Un manque, une absence qui nous remplit…
Saudade de quoi? De cette voitue filant vers le lycée avec cette fille de 16 ans qui cherchait une chanson sur la radio tandis que ces frères la taquinaient en imitant le chanteur et que sa seule envie était de les tuer. Pff…On est: trop incompris à 16 ans. Je me souviens de mon adolescence comme d'une drogue qui exacerbait tout: les sentiments, les peines, les désirs. Comme d'être toujours en train de descendre la pente de la grande roue, quand ça fait des frissons dans le ventre.

Cette chanson m'a fait penser à ma mère. Ma mère qui, quand je suis partie, 10 ans après, en mettant un océan entre nous, a retrouvé un jour une cassette —vous savez, ce petit machin carré où se déroulait une bande magnétique— dans mes affaires laissées là-bas. Une cassette où j'avais enregistré mes chansons préférées
. Des trucs paléolithiques comme "Follow you follow me" de Genesis, "Good bye stranger" de Supertramp, "My sweet lord" de Georges Harrisson, "Stairway to heaven" de Led Zepp et " I love you just the way you are" de Billy Joel.

Ce jour-là, avec la cassette, la saudade a attrapé ma mère et l'a tenue serrée dans ses bras comme elle sait le faire. Elle me l'a raconté bien plus tard et sur le moment, cela m'a plus irritée qu'émue. C'est fou comme l'apprentissage de la tolérance est long. On comprend un tas de choses sur sa mère lorsqu'on devient mère à son tour…

En regardant la neige tomber et en écoutant Billy Joel me jurer "I just want someone that I can talk to", j'ai pensé à cette femme qui pleurait de saudade de sa fille partie de l'autre côté de l'Atlantique. Elle a toujours été quelqu'un à qui je pouvais parler —même si je ne lui parlais pas.
Et j'ai pleuré de saudade d'elle…
Une saudade en entraîne toujours une autre.

Comme les mots et les idées…
Que je vais maintenant, larmes essuyées et munie de ma douzième tasse de chococaf, rejoindre dans la cabane !

à bientôt
P.A.


* Pour une belle définition de "saudade": http://www.portugalmania.com/saudades.htm

Just the Way You Are
Billy Joel

Don't go changing, to try and please me
You never let me down before
Don't imagine you're too familiar
And I don't see you anymore
I wouldn't leave you in times of trouble
We never could have come this far
I took the good times, I'll take the bad times
I'll take you just the way you are

Don't go trying some new fashion
Don't change the color of your hair
You always have my unspoken passion
Although I might not seem to care

I don't want clever conversation
I never want to work that hard
I just want someone that I can talk to
I want you just the way you are.

I need to know that you will always be
The same old someone that I knew
What will it take till you believe in me
The way that I believe in you.

I said I love you and that's forever
And this I promise from the heart
I could not love you any better
I love you just the way you are.






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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 17:20

Bonsoir,

Plusieurs jours déjà que je n'écris pas ici. Mais c'est pour la bonne cause ! 
J'ai passé ces journées vissée devant mon ordi, dans la cabane, avec Maya et Blaise, Jad et Ugh, Blanc Faucon… Ne décollant de mon siège que pour le strict minimum.
Comme le supermarché, aujourd'hui, où jétais tellement ailleurs (à Salicande) que j'ai passé trois bonnes minutes à regarder fixement les poireaux sans me souvenir de ce que je pouvais bien en faire…

A la caisse, je croise quelqu'un qui a lu Les Eveilleurs.
"Mais d'où vous viennent toutes ces idées"? 
Je suis toujours embarassée pour répondre à cette question. Je n'ai pas de discours raisonnable à ce sujet. Alors, comme dirait Ugh, déraisonons ! Finissons-en une fois pour toutes, voilà comment ça se passe:

Quand j'avais 10 ans, mon prof de CM1 qui s'appelait M. Milési —c'est le seul nom de prof de l'école primaire dont je me souvienne !— a eu la bonne, la fantastique, l'initiatique idée de proposer aux élèves de faire des textes libres. Des rédactions qui ne seraient pas notées.
Juste pour le plaisir.

Un texte libre = 1 point bleu à côté du nom sur la liste accrochée en classe pour chaque texte.
 3 points bleus = 1 point rouge.
3 points rouges = 1 livre que M. Milési achetait de ses propres deniers.

Liberté + plaisir, cela ressemblait si peu à l'école, c'était irresistible !
Je me souviens parfaitement du frisson qui m'a parcourue de la tête aux pieds et dedans aussi, quand j'ai posé mon stylo sur la page vierge. Un frisson d'excitation, de peur, d'aventure.
J'ai regardé en l'air, en suçant mon bic, une idée est passée. Je l'ai attrapée. 
Des mots chevauchaient l'idée. Je les ai écrits.
Un mot en appelle une autre, une idée
en tire une autre. Le texte est sorti tout seul.
Un deuxième, un troisième, un quatrième ont suivi.
J'avais plus
de points rouges que si j'avais attrapé la rougeole. Le prof a du se ruiner en bouquins!

Les vannes de l'écriture étaient ouvertes, j'avais trouvé le chemin du puits aux histoires. Le fil…
Je n'ai plus arrêté d'écrire .Liberté et plaisir.
J'ai toujours cette sensation, la même: qu'il suffit d'ouvrir quelque chose en soi, de se brancher à quelque chose en soi et autour de soi, pour que les idées viennent, coulent, affluent… Un relation magique à l'écriture? Que nenni ! Ou plutôt, comme dirait Blaise: rien n'est magique puisque tout est magique !
Ça, c'est le premier mouvement.

Ensuite, vient le second mouvement: travail. Après l'inspiration, la transpiration !

Ecrire, barrer, chercher, corriger, polir, écrire, biffer, sertir, limer, poncer, creuser, écrire, lécher, couper, panser, peaufiner, écrire…

Vers 16 ans, j'ai commencé à écrire de petits textes, de la poésie.

Écrire de la poésie, c'est comme écouter une musique de mots et essayer de la retranscrire.
J'ai entendu aujourd'hui à la radio que Fred Vargas disait la même chose. Que lorsqu'elle écrivait, elle écoutait une petite musique intérieure. Et que c'était pour ça qu'elle écrivait d'un seul jet, sans retravailler son texte. J'adore Fred Vargas. Quand je la lis, j'entends bien cette musique de la poésie. C'est pour ça que, pour moi, ce qu'elle fait ne ressemble à aucun autre polar. A cause de la musique. De la poésie.


Une musique donc et des sensations. J'ai passé des centaines d'heures de mon adolescence, immobile sous un arbre (très bénéfique les arbres) ou sur le toit de la maison  (très vertigineux les toits) à écouter dedans et à regarder dehors. Un oiseau qui vole, une branche qui craque, le galop d'un chien, les eucaliptus qui se balancent au-dessus du lac , le jardinier qui fauche d'un bras rythmé et mortel. Sensations.
Sous mon arbre ou sur le toitn en suçotant le bic, je cherchais à traduire ces sensations en mots.
Chercher le mot qui marche le mieux, voir comment il s'agence avec son voisin, provoquer les rimes, le rythme, le son, la chute. Travail.
J'ai découvert qu'au sein de la liberté, il y avait du travail et à l'intérieur. Et toujours du plaisir.

Entre 16 et 32 ans, je n'ai écrit que de la poésie et des petits textes très courts.Beaucoup. Tout le temps. Pas de personnages, pas d'intrigue. Le travail des mots et la musique.


Et puis, un jour, pour une amie qui vivait une histoire d'amour impossible, j'ai commencé à écrire une petite histoire.  Deux personnages: une odalisque et un éléphant.  Une intrigue fastoche: une histoire d'amour impossible qui rendrait possibles toutes les histoires d'amour.
J'ai regardé en l'air et j'ai posé mes doigts sur le clavier de Merlin —tous mes ordinateurs s'appellent Merlin—.
J'ai écrit la première phrase :

 "Il était gros. Il était rose. C'était l'eunuque le plus gros et le plus rose de tous les eunuques roses et gros —pensait Leila en glissant dans les couloirs du harem."

Hein? Que faisait là cet eunuque? Un troisième personnage était apparu sans rien me demander! Il était là, il faisait danser ses graisses et les petites odalisques du harem. Bon…
Puis, 4 paragraphes plus tard, surgit le Sultan. Un sultan? Pourquoi faire? Parce qu'un harem appartient à un Sultan, répondit le Sultan. Il fallait donc une relation entre l'odalisque et le sultan. Et ainsi, un conflit avec l'éléphant. J'avais mis un pied dans l'intrigue…

La prose ne fonctionne pas tout à fait comme la poésie.
A cause des personnages d'abord. Les personnages sont vivants, ils ont leur vie, leur histoire, leurs envies, leurs dégoûts. Faut composer.
A cause de l'intrigue ensuite. Les personnages racontent une histoire. On ne raconte pas une histoire n'importe comment.  Faut construire. Ça, c'est l'architexture.

Ainsi, les Eveilleurs s'écrivent en deux mouvements à la fois parallèles et concomitants: d'une part, les idées, les images, la création, l'imagination…. D'autre part, la co
nstruction, le tricot, la cuisine, l'architexture…
L'un ne va pas sans l'autre.
Comme cette balancoire où un enfant s'assied à chaque bout. L'un monte et l'autre descend.
Tout seul, ça me bouge pas.
C'est le poids de l'un qui permet à l'autre de s'envoler.

Il y a des jours, des phases, où le puits est fécond et les idées bouillonnnent. On s'envole.
D'autres où l'on pose une brique après l'autre, les bras lourds. On soupire.
Et puis, il y a des moments bénis où l'on fait les deux à la fois : transpinspiration ! Génial…


Je ne sais jamais, en traversant le jardin pour aller dans la cabane, si je vais être inspirée ou transpirer.
Ou les deux. Cela fait partie du jeu.
C'est mon travail, mon plaisir et ma liberté.

Demain, je recommence !






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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 09:30

Bonjour,

Pas de givre ce matin, mais le vent souffle qui en rafales glacées…

Ça tombe bien, le vent est dans Les Eveilleurs aussi,  ce qui n'arrange pas les affaires de Blaise, bloqué à deux pas du le Col du Marché…
Il est bien embêté, le Mandarin, il doit se rendre à Vieil Ambre voir Maya mais il n'est pas sûr qu'elle s'y trouvera encore. Comment le pourrait-il? Pas de téléphone, de texto, aucun moyen de communication à distance. Ce jour-là, en crapahutant sur le dos rêche du sizyf, il se dit que tout cela était quand même bien pratique !

Hier, ma voiture m'a lâchée en produisant force gargouillis et fumée, dans une imitation ridicule de dragon. Finie, plus de bagnole.
Ensuite, l'écran que je convoite depuis des mois —enfin un grand écran pour travailler!— ne fonctionne pas ! Et le téléphone du grand magasin qui l'a vendu  bien sûr ne répond pas. Comme j'habite un village sans transport en commun, tel le Mandarin, je me retrouve enfermée chez moi sans pouvoir communiquer. L'écriture est parfois prémonitoire…

Ce qui m'amène à réfléchir encore à notre incroyable dépendance des machines. Chaque fois que je fais marcher une voiture, un téléphone, un ordinateur, un aspirateur, une chaine stéréo, une télé, je pense à cette dépendance. Et chaque fois qu'une de ces machines tombe en panne, contrariant ma journée, au point de me rendre insupportable —si, si, mes enfants me l'ont dit—, je mesure l'impact que ces appareils ont sur notre vie.

Un critique m'a demandé si j'étais "contre la science"… Pour moi, cela n'a pas de sens. Ni contre la science ni contre la technologie. J'écris avec un ordinateur, je suis accro aux mails et peut-être en passe de devenir accro au blog ! Seulement, je veux réfléchir à ce que cela propose, à ce que cela impose… Je ne veux pas devenir insupportable parce que ma voiture se prend pour un dragon !

Une des propositions de Les Eveilleurs
est celle-ci: que se passerait-il si nous ne disposions plus de la technologie et la science qui sont partie inhérente de notre vie? Comment ce serait sans voiture (argh), sans téléphone, sans internet. De tout ce que nous possédons, de tout ce qui nous semble indispensable, de quoi avons-nous vraiment besoin? Tout ce qui nous permet d'aller plus vite, de vivre plus vite, est-ce toujours au service d'une meilleure qualité de vie?

Et le temps? Le temps que nous avons fragmenté, torturé, tordu dans tous les sens pour y faire tenir chaque fois plus de… quoi? D'accord, je parlerai du temps une autre fois…

A 14 ans, j'ai découvert un auteur fabuleux René Barjavel. Je ne sais pas pourquoi on ne parle plus de Barjavel. Peut-être parce qu'on n'a pas encore redécouvert le "merveilleux".

D'accord, je parlerai une autre fois de mon allergie aux cases: fantasy, fantastique, SF…—.

Tous les livres de Barjavel ont définitivement marqué mon imagination. Je repense souvent à l'un d'eux, "Ravage", en écrivant
  Les Eveilleurs..  L'auteur parle exactement de ça: la fin d'un monde due à une monstrueuse panne d'électricité. Je n'ai pas relu le livre depuis mais j'ai le souvenir que, sur ce coup là, Barjavel était bien plus pessimiste que moi !

Parce que la roue tourne, nous sommes capables d'émerveillement et de conscience. Nous pouvons prendre du recul,
EVEILLER nos consciences et notre sensibilité à ce qui nous entoure. Il y a un tas de façons de le faire. Chacun peut trouver la sienne. La mienne est d'écrire et ce blog est pour la partager avec vous.
P.A.










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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 10:22

Bonjour,

Toujours le givre et un beau soleil.
Je lis le commentaire de Delphine et je me rends.

C'est vrai, c'est beau…
C'est vrai, tout paraît enveloppé d'un silence plus cristallin (alors qu'il est ouaté quand la neige est là).
Et c'est mille fois vrai: mieux vaut soleil +froid que grisaille ! J'ai vécu 16 ans à Paris. J'adorais la ville et je l'aime toujours. Mais le manque de soleil et surtout de lumière  imprimait une tristesse diffuse qui pesait pesait… Le sud-ouest est tellement plus doux…

Delphine dit aussi quelque chose qui m'a frappée: l'âme ne peut pas, ne doit pas se laisser ballotter au gré du toboggan des températures…
Sans vouloir entrer dans des débats délicats —quoique fondamentaux— sur la nature de l'âme, je me suis posé une question à laquelle je réponds de façon tout à fait personnelle et circonstanciée:  l'âme est-elle mutante ou immuable ?

Je crois que je préfère imaginer qu'elle est
un peu des deux.
Mutante, poreuse, perméable à son environnement, supposant que tant qu'elle —l'âme— est liée à cette enveloppe corporelle, il est naturel qu'elle échange avec son environnement humain et animal, végétal, mineral. Qu'elle s'en nourrisse, qu'elle les nourrisse.
Et puis, pérenne aussi, l'âme… pour continuer à voyager ensuite…

Alors même si  je me nourris davantage et digère mieux les climats tropicaux que tempérés, que mon corps exulte et mon âme s'allège quand je suis devant la mer, que son odeur, sa lumière, ses couleurs, son horizon m'apaisent, ce n'est certainement pas une raison pour geindre sous un Temps Blanc aussi riche de différences !

Et là où je te rejoins encore, ô lectrice avisée, c'est quand tu y associes le charme du monde. Oui ! Le charme du monde ! La capacité d'émerveillement! Voilà des outils qui peuvent faire basculer l'âme de façon consciente: déplacer un tout petit peu son point de vue, regarder sous un autre angle. D'accord, ça caille, mon corps se recroqueville et mon âge gémit, mais c'est beau !
J'ai écrit hier, à propos de Claris qui vit un moment difficile dans le volume 2:

"La beauté peut agir sur l’esprit comme la nourriture sur le corps".

La capacité d'émerveillement aussi.

Je m'en vais donc, de ce pas, traverser le jardin sous ce beau soleil givré  pour allumer le chauffage dans la cabane, en regardant les choses d'un œil prêt à s'émerveiller.
Et qui donc s'émerveille déjà…


Belle journée à vous !
P.A.

P.S. Là, si je savais bidouiller le blog, je mettrais une photo de la cabane… Patience, je vais apprendre
!

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 09:44
OK, je suppose que l'un des premiers commandements du blogueur néophyte est:
 "Tu écriras ! Tu écriras même si tu n'as aucun lecteur et que ton blogrank est zéro".

Blogrank ! ! J'ai du mal à le croire !

On se lance dans l'aventure du blog après moult réflexions sur l'égocentricité de cette initiative et quand, finalement, on ose, poussée par un désir altruiste de partage  et de communion avec ses semblables, vlan ! Blogrank !
Pourquoi ne peut-on plus rien faire sans entrer dans des statistiques et être immédiatement en compétition avec… la planète ?!
Se prendre un: "Votre blogrank est de 0", "Vous n'êtes pas dans le top des blogs" au réveil, c'est pire que de rater la gym le lundi matin. Pas bon.
En plus, ils nous prennent vraiment pour des bézoards rayés quand ils ajoutent: "Votre niveau est: confiance !"

Allez,  on efface… On trouve une autre façon de commencer la journée, comme un auteur qui se respecte:
Le givre avait recouvert le jardin d'une pellicule blanche que le brave soleil d'hiver ne parvenait pas à percer. Le chat posait avec délicatesse ses pattes rousses sur la glace puis les secouait d'un air étonné. Le Temps Blanc était là…

Selon la météo, c'est un hiver "normal". Les 10 secondes de traversée du jardin en pijama pour aller allumer le chauffage dans la cabane ont suffit à me congeler l'âme.
Je sais, je ne devrais pas confondre l'âme et le corps de façon aussi puérile.
Mais c'est comme ça, ces températures polaires me congèlent l'âme ! Le corps, je n'en ai plus, disparu sous les couches de vêtements…

Ma fille est partie à l'école habillée en astronaute et même le chat a froid. Il n'ose plus entrer dans la cabane depuis qu'il a fait pipi sur les coussins où je pose ma tête surchauffée d'écriture dans l'espoir de faire le vide*. Il me regarde par la fenêtre, frigorifié et culpabilisant. Je crois qu'il n'avait jamais entendu un être humain crier aussi fort.

Les chats sont différents des ados: on peut hurler à s'en détacher la glotte, le lendemain leur chambre c'est toujours Beyrout.

Tiens, tout ça m'a mise de bonne humeur ! Egotrip peut-être… Ou simplement la magie de l'écriture?

La cabane doit être à bonne température. Claris m'attend. Je vais peut-être boucler aujourd'hui la première partie du volume 2. Enfin, la douzième version de la première partie du volume 2.
Belle journée à tous !
Pauline

*
N.B. Le vide est un fantasme: c-a-d un but qui ne doit pas être atteint, juste rêvé.
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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 18:15
Bonsoir !

Ah! Merci pour vos commentaires généreux !
Telle Julie Powell (Julie&Julia) quand elle a reçu son premier message, je rigolais toute seule…

Des lectrices fidèles ! Cela m'a fait tellement chaud au cœur que je me suis enfermée toute la journée dans la cabane et que cela a porté ses fruits !
Les lecteurs sont un formidable moteur, le saviez vous?

Depuis des semaines, je rampe avec Claris dans sa grotte, je m'écorche aux aspérités du texte et j'ai l'âme endolorie de doutes… Hier encore, je me disais que le volume 2 des Eveilleurs ressemblait à un chantier: beaucoup de trous et de bosses, des retards, du matériel en vrac et aucune visibilité du résultat final. Mais tel un sizyf obstiné, j'ai aligné un mot après l'autre, comme Pénélope j'ai fait et défait l'ouvrage et, inspiré par votre présence, je crois que je vois le bout du tunnel ! Enfin, de ce bout de tunnel-là…

Hmm… Exercice délicat, parler du travail d'écriture sans trop en dévoiler…
Ce livre s'écrit différemment du premier. Je n'ai jamais privilégié la chronologie et la linéarité mais cette fois, c'est encore différent.
Les personnages sont séparés au début du volume 2 —je peux dire ça, non?— et ils vont évoluer, disons, dans des lieux différents. Je rédige donc les textes les concernant séparément pour ensuite les assembler, les agencer, et enfin les tricoter ensemble. Et le tricot l'architexture comme dit joliment mon éditrice, c'est comme voyager dans un labyrinthe !Le tout sans perdre de vue l'ensemble…

Ça, c'est la théorie ! Parce que, dans la pratique, certains morceaux s'agitent inopinément, prennent une ampleur insoupçonnée, embarquent l'auteur dans des traversées inattendues. Et là où ça se corse c'est que, justement, ces embardées, ces surprises sont souvent les vrais sources de bonnes idées, de rebondissements. C'est ainsi qu'un jour, alors que ce n'était absolument pas prévu, débarqua sous ma plume —ou sur mon clavier plutôt— la famille Borges au complet ! Le père, la mère et les trois filles ! Ils sont arrivés, avec leurs noms, leurs personnalités… Avant que j'aie le temps de me demander ce qu'ils faisaient là, ils s'étaient déjà installés dans l'histoire…

Je vous souhaite une belle soirée !
Pauline 
 
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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 09:43

Bonjour…

Le blog est à peine né que déjà il me bouffe mon temps, tel un bébé vorace!

Comme je suis d'une ignorance crasse en matière de trucs de la toile, je n'arrive pas à visualiser mes articles avant de les publier (paraît que mon ordi refuse les popups et qu'il faut que je débloque ça d'abord ! C'est quoi popups? Et comment ça se débloque ces animaux-là?); je voudrais enlever le point entre mon prénom et mon nom mais pour ça il faut assassiner le blog nouveau-né pour en recréer un et j'ai des scrupules à le faire; je voudrais mettre des images mais je ne sais même pas faire marcher mon scanner…
 
En me réveillant, j'ai voulu courageusement faire face à tout ça et, du coup, j'ai raté la gym. Pas bon…
Rater la gym le lundi… Pas bon… Et bien sûr, je n'ai résolu aucun des problèmes cités ci-dessus. Bref, l'humeur en a pris un coup.

De toute façon, on s'en fout puisque PERSONNE ne sait que ce blog existe et donc, personne ne le lit !

Alors, je vais prendre ma douche pour me changer les idées, allumer le chauffage dans la cabane où je travaille parce qu'il fait vraiment froid —j'ai beaucoup de mal avec l'hiver— et m'atteler au volume 2 des Eveilleurs… 

S'il y a un lecteur perdu que ça intéresse… je raconterai comment avance l'écriture. Qu'ils se manifeste —le lecteur perdu— ! Parce que c'est pour ça que je l'ai créé, ce blog !
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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 23:34

Un blog… Ça faisait longtemps que j'y pensais sans passer à l'acte. 
Alors je me lance !

Ce sont mes échanges avec les lectrices et lecteurs de LES EVEILLEURS, sur le site de Hachette, mon éditeur (link) qui m'ont donné envie de disposer d'un espace plus libre où je pourrais gérer à mon rythme ce que je souhaite partager. Donner des nouvelles des personnages, de  l'écriture du volume 2, partager des lectures…

Alors soyez les bienvenus et soyez indulgents ! J'ignore tout de la géographie, fonctionnement et sexualité des blogs… Je vais apprendre au jour le jour !

Pauline Alphen


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