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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 11:01

 

18 septembre 2017

Jour 7

 

Les épreuves se suivent et ne se ressemblent pas. J'ai reçu aujourd'hui celles de LA VRAIE VIE DE L'ÉCOLE, le prochain roman à paraître chez Nathan.

 

Enfin, "prochain"... La parution est prévue pour septembre 2018. Un an, donc, entre ces premières épreuves et l'arrivée en librairie. Le temps des livres, de temps de la vraie vie.

 

"Épreuves". Je ne me souviens pas d'entendre un collègue dire qu'il aime cette tâche. Peut-être parce que les corrections d'épreuves sont, pour l'écrivain, la dernière phase de travail sur le texte. Ce qu'il modifiera restera. Après, il sera trop tard pour se dire "j'aurais dû..", "il aurait mieux fallu...".

 

C'est la première étape du voyage extérieur. Après avoir été un voyage intérieur pendant longtemps, jusqu'à ce que je le sente en accord avec cette musique que j'entends dans ma tête quand j'écris, il s'agit de lâcher le texte, le pousser enfin vers ceux à qui il est destiné. Tout est désormais possible. Que cette musique résonne chez le lecteur. Qu'il la fasse sienne. Qu'elle ne résonne pas. Qu'elle sonne faux. Une fois le bateau lancé, aucune prise sur ce mystère. Allez commander à l'océan et aux vents!

 

Après avoir écrit le texte et avant de le lâcher, il y a la préparation de copie par l'éditeur et les corrections d'épreuves. L'écrivain reçoit son texte annoté puis corrigé —ce mot !— Il va alors relire plusieurs fois son texte tamisé par ces filtres extérieurs. Lire son texte avec l'œil critique aiguisé, ne pas se laisser bercer par les chants de ses propres sirènes. Prendre de la hauteur, mettre à distance ce qui a été porté intimement pendant si longtemps. Le lire comme un lecteur extérieur. Lire ce qui est écrit et non ce qu'on a voulu écrire. Presque impossible. C'est le moment de laisser entrer dans la barque d'autres regards, d'autres lectures, celles des éditeurs, de la correcteurs.

 

L'éditeur est le premier lecteur. Son œil professionnel est censé —aussi— repérer les incohérences, traquer les répétitions, pointer le flou, poser des questions dérangeantes. Un travail délicat, périlleux. A chacun ses sirènes. L'éditeur est la première épreuve de l'odyssée du texte.

 

Je déchire l'enveloppe blanche où une main a écrit "URGENT" et feuillette le manuscrit annoté. L'éditrice a posé ici et là des marques pour souligner les passages qui l'avaient touchée. Elle a dessiné quand elle a aimé, écrit quand un passage posait question. L'épreuve s'adoucit. Forte des sourires, je peux lire les remarques. Elles sont justes, elles servent le texte. Déjà, cela me titille de voir comment je vais faire bouger ci ou modifier ça. Quand une observation sert le texte, nul besoin de réfléchir pour le savoir, je le sens. Au lieu d'être angoissante ou pénible, la critique devient excitante et enrichissante.

Je lis les observations et les signes comme si je lisais la lecture de la lectrice. Lire par dessus l'épaule des lecteurs est un privilège rare. Une éditrice enthousiaste, une bénédiction.

 

Les jours prochains, LES ÉVEILLEURS en veille, je me consacre à LA VRAIE VIE DE L'ÉCOLE. J'ai préparé le terrain en faisant provision de noix et de noisettes ­ —ces dons des arbres­ gagnés à la course ave l'écureuil. Je dissiperai les doutes en cassant les coquilles avec ma vieille tête de marteau sans manche. Et la chair blanche, à la fois tendre et encore amère, viendra nourrir l'écriture. Hissons les voiles !

P.A.

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 23:27

13 septembre 2017

Jour 6

 

Pas d'écriture aujourd'hui. Des obligations familiales, administratives, scolaires (ah, les joies du futur antérieur!) et, puis, soudain, l'irruption de la violence. Un voisin perd ses nerfs pour une histoire stupide de radio trop forte. Il hurle, s'avance et s'arrête, son visage à deux centimètres du mien, il éructe des ordres. Parce que je ne recule pas, parce que —sur le coup— je n'ai pas peur, il serre les poings, un rictus le transforme en un inconnu écumant de rage. Pourquoi? Le pouvoir. Le pouvoir d'un corps de 90 kg sur un corps de 53 —euh, 55?. D'un homme sur une femme. D'un propriétaire sur une locataire. Le pouvoir qu'il croit avoir, qu'il aimerait avoir. Parce que je ne lui accorde pas ce pouvoir, il est à deux doigts de me frapper. Sans raison.

J'ai vécu, cette année écoulée, une succession de situations de stress. L'adrénaline nous permet de faire face au stress. Devant le danger, deux types de réaction, faire face ou fuir. Parfois, le danger est trop grand, il faut fuir. Ce n'était pas le cas. La stupidité —une situation stupide, un homme stupide— primait sur le danger.

Ensuite, une déferlante d'émotions rétrospectives. Stupéfaction. Peur. Colère. La peur se raisonne. La colère passe. Quant à la stupéfaction... Il faudra réfléchir, comprendre. Il faudra écrire.

A demain.

P.A.

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 17:51

 

12 septembre 2017

Jour 5

 

Le temps de  l'écriture comporte un temps de non-écriture. Invitation. préparation. Germination. Comme pour tout. Se préparer à faire, en écoutant passer les perruches ou les corneilles —c'est selon. Se lier à la présence fondamentale des arbres. Ne pas s'énerver. Ne pas s'angoisser. Garder confiance. Regarder les idées passer, se placer. Laisser faire les travaux d'approche. Le dieu n'annonce jamais sous quelle forme il se manifestera.

 

Souvent, l'écriture arrive d'abord par les rêves. Les nuits deviennent denses ou blanches, toujours remuées. Le temps bascule. Il n'est plus quelque chose que l'on peut hâter, réduire, accélérer, contre laquelle on peut se battre. Il est le matériau même de l'écriture. L'occuper goutte à goutte, insuffler de l'espace et du souffle entre les gouttes pour qu'elles choisissent leur destin de vapeur ou d'océan. Laisser monter la mémoire et l'oubli. Rêver éveillée.

 

A demain !

P.A.

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 15:04

 

11 septembre 2017

Jour 4

 

Par une amie revenant du Brésil, ma mère m'envoie du café, du riz, du savon. Des denrées qu'on trouve à foison ici.  Pourtant le café que je bois en écrivant ces lignes alors qu'il pleut par la fenêtre n'a pas la même puissance. Le riz n'a pas la même croustillance. Le savon dégage un autre parfum. Et la senteur qui émanera de la terre après la pluie n'est pas non plus la même que là-bas.

 

Saveur, parfum, texture. Ces éléments si fugitifs, immatériels sont suffisants pour me transporter instantanément au Brésil, plus rapidement qu'un Boeing.

 

Blottie dans le hamac, une tasse de café et une part de gâteau de ma grand-mère (qui n'est pas ma grand-mère qui est ma grand-mère) à portée de main. Je lis. A côté, dans la bibliothèque, ma mère écoute Debussy;  dans l'aquarium, les poissons s'abandonnent à la musique. Je lis. Plus loin, mes frères courent avec les chiens. Je lis. Mon père fume sa pipe en pensant à un nouvel étage pour la maison; il est vivant. Je lis. J'ai 15 ans. Nous sommes au Brésil depuis un an. Je découvre que le soleil peut-être une certitude.

 

Forte de ces présences, je peux me précipiter corps et âme dans toutes les aventures littéraires qui me tombent sous la main. Je peux lire pendant des jours à la suite, ne m'interrompant que pour manger. La nuit, je peux traverser des merveilles et des terreurs. Je me souviens de naufrager dans les récits de la Shoah et d'émerger, les yeux écrabouillés d'horreur, au petit déjeuner fait de fruits et d'oiseaux.

 

C'est l'époque où j'ai commencé à lire systématiquement, dévastant par ordre alphabétique les rayons bien fournis de la bibliothèque du Lycée Pasteur. Et la poésie. C'est aussi l'époque où je passais des heures à peindre (très mal) les paysages du Sitio. La même tentative que pour l'écriture : restituer l'émotion que fait naître la beauté. Comment exprimer les émotions qui m'épinglaient devant un paysage, une fleur, un ciel, un garçon?

 

Quand j'invoque un personnage, je le perçois dans un environnement de couleurs, sons, parfums. Je vois le paysage autour de lui. Je me demande qui sont ses frères, ses sœurs, quelle solidité a la présence de son père, quelle musique porte le rire de sa mère, quel regard ont les chiens, quel vent dans les arbres. Ces éléments intangibles composent sa consistance. Le léger comme composant consubstantiel à la réalité du récit. Le petit comme élément fondateur du tout.

 

Ce n'est pas tant que je compose les personnages en accolant à Chandra l'odeur du pain frais, à Claris un geste impatient de la tête, à Maya une musique des mots, à Deli les délicieuses effluves de la cuisine, à Jwel le sifflement de la flèche. C'est plutôt que je les appelle, je les invite, et quand ils sont là, je les observe en retenant mon souffle, pour comprendre qui ils sont.

 

Ce n'est pas vrai que tous les nouveaux-nés se ressemblent, si ce n'est qu'ils ont tous en commun ce lien immaculé qui les rattachent encore à tous les mystères et à toutes les réponses. On ne compose pas un enfant, on ne le façonne pas. On le désire, on l'accueille, on l'observe. On fait au mieux pour l'accompagner afin qu'il se révèle à lui-même et au monde, le plus librement possible.

De la même façon, les personnages se révèlent. Puis, une fois qu'ils sont là, ils racontent l'histoire. Cela semble magique. C'est du travail. Du travail magique.

A demain.

P.A.

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 18:13

 

 

 

8 septembre 2017

Jour 3

Je tourne autour comme un moine autour de son puits.

Je trie, j'archive, je range, je nettoie, j'organise. Travaux d'approche.

 

Dans quelques jours, je vais reprendre le récit des EVEILLEURS. Comme à chaque début de tome, je commencerai par reprendre les notes, les résumés, les tableaux, les plans. Replonger dans ce fleuve fait d'organisation et de lâcher-prise, de contrôle et de hasard, d'inspiration et de doutes, d'émerveillement et d'angoisse, de nuits, de jours. L'écriture. 

 

Je sais qu'une fois que j'y aurai glissé un orteil, je serai happée. Les personnages, l'intrigue ne me lâcheront plus. J'y penserai en prenant ma douche, je prendrai des notes au supermarché, mes nuits seront plus habitées que jamais et les jours n'auront pas assez de leurs huit heures de travail. J'évoluerai dans cet espace-temps particulier qui plaît aux chats et fait rire les enfants qui savent qu'ils doivent être patients parce que je perds les clés, le téléphone, cherche les lunettes qui sont accrochées autour du cou, dors mal, suis incommunicable le matin et qu'ils se régaleront (cuisiner aide à la création comme tout le monde le sait). Le temps va devenir impossible. D'autant que la pression de terminer LES EVEILLEURS vient s'ajouter à celle de commencer un nouveau tome.

 

C'est ce processus que je veux partager avec vous. Sans triche. Ce ne sera pas toujours glamour, excitant, intéressant. J'écrirai ce qui se passe, jour après jour, au fil du travail. J'aimerais bien ne sauter aucun jour mais ce sera peut-être le cas. Certains messages seront sûrement très courts. Vous n'êtes pas à l'abri d'incohérence, de trépignements énervés, de pétage de plomb, d'accès de joie, d'extase béate. Bref, nous verrons bien !

 

Je veux, dès maintenant, vous prier de me pardonner si je ne réponds pas aux messages que vous laissez ici. Pourtant, depuis avant-hier, les doigts me brûlent de répondre à vos mots qui sont comme de l'eau fraîche coulant dans la gorge. Mais je sais que je ne pourrai bientôt plus le faire et ce ne serait pas juste d'écrire à certains et pas à d'autres. Vous répondre bien, vous répondre vraiment, prend du temps. Faire les choses bien demande du temps. Et, dès que j'aurai trempé ce fameux orteil, le temps tout entier —sauf le temps sacré des enfants— sera celui des EVEILLEURS.

Néanmoins, sachez que non seulement je lis vos messages mais je les relis. Ils sont le carburant qui fait démarrer le moteur le matin. Savoir que vous êtes à mes côtés est essentiel.  Alors, je vais faire pire que de ne pas répondre: je vais vous inviter à continuer à mettre des petits mots par ci, par là, au gré des messages, quand l'envie vous viendra, même s'ils ne sont pas longs. A chaque fois que vos noms apparaissent sur l'écran, c'est une bouffée de bonheur. Autant de phares qui disent: nous sommes là, viens, viens, c'est par ici...

A demain !

P.A.

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 18:16

 

7 septembre 2017

Jour 2

 

L'automne s'annonce. Les maïs ont perdu leur flamboyance, les sols seront bientôt nus, les noix à terre. En rentrant du collège par le Chemin des Abeilles, je me repais de la vision des terres vallonnées, brunes et blondes, des petits rapaces survolant les champs labourés et le souvenir d'une biche croisant les hauts blés. Impossible de ne pas penser aux EVEILLEURS.

 

J'ai emprunté ce chemin des centaines de fois, accompagnant au collège un enfant, puis l'autre. Ces terres ne sont pas les miennes —quelles sont-elles? A venir?— mais elles sont familières. Au moment de quitter ce que l'on connaît, ce qu'on laisse derrière soi paraît plus rassurant qu'il ne l'a jamais été.

C'est peut-être le dernier automne sur ces terres, dans cette maison, le dernier livre écrit dans cette cabane. Peut-être... Moins qu'une volonté, c'est le parfum des adieux que je sens. La sensation avant la décision. Faire ses adieux est un art délicat.

 

Le processus d'écriture m'a toujours fascinée. Dès l'adolescence, je dévorais les journaux d'écrivains et leur correspondance: Virginia Woolf, Anaïs Nin, Flaubert, Rilke, Sylvia Plath, Katherine Mansflield, Marguerite Yourcenar. Ce qui m'intéressait était la relation entre la vie quotidienne et leur travail, l'alternance des doutes et des enthousiasmes, la naissance des idées. Je ne cherchais pas des informations ou des conseils, j'étais curieuse de savoir comment cela se passait pour eux.

Longtemps, je n'ai écrit que de la poésie. Le temps de la poésie est particulier. Rechercher les mots justes, le rythme approprié, la traduction au plus près de la musique interne faite d'émotions, de sensations, d'émerveillements. Beaucoup de temps pour peu de mots. Parfois, des mois pour quelques lignes. Un texte n'était abouti que lorsque j'avais la sensation —parfaitement subjective— d'avoir dit au mieux ce que je ressentais. Cela me convenait parfaitement. Je n'étais pas pressée. Je ne pensais pas être lue un jour. Le temps de l'écriture était un temps hors du temps.

 

Je n'ai pas vraiment travaillé autrement pour le premier tome de LES EVEILLEURS. L'écoute, la concentration, l'ouvrage repris encore et encore. Mais, soudain, il y avait une histoire à raconter, dix histoires, maintes mélodies, différents instruments. Une symphonie ! Moi qui doutais de pouvoir écrire plus que 99 pages, j'ai été emportée par un fleuve bouillonnant, imprévisible, alternant tourbillons et calme plat, rochers, mousses, profondeur et surface, eaux limpides et boueuses. Une multitude d'êtres vivants et le chatoiement des arbres ! J'ai nagé, surnagé, coulé, flotté, ouvert les yeux sous l'eau, j'ai frissonné, j'ai compté les pierres et les nuages, j'ai regardé.

 

Ces onze dernières années, avec LES EVEILLEURS,  j'ai observé avec étonnement la façon dont mon travail s'inscrivait dans le temps réel —celui des montres et des calendriers. Pourquoi le temps passe t-il si vite lorsque j'écris alors que le processus est si long? Comment les douze mètres carrés de la cabane au fond du jardin se transforment-ils en château, villages, cols, montagnes, forêts? Pourquoi une certaine pièce du puzzle met-elle des semaines à trouver sa place alors que, d'autres fois, tout coule comme de l'eau de source? Comment un personnage imprévu s'impose t-il si fortement que je pourrais le toucher? Par quels processus mon cerveau transforme t-il des pensées en mots, des émotions en dialogues, des êtres imaginaires en personnages vivants et tout cela en images en mouvement?

Ce que je sais c'est que, dans le récit, chaque personnage possède un rythme propre. Certains se dévoilent très vite, d'autres jamais. Il y a les bavards, les taiseux, les meurtris, les surpris, les poétiques, les bénis, les révoltés. Il y a ceux qui mourront. Ceux qui naissent au bout des doigts par surprise. Certains agissent, d'autres observent. Certains se promènent, d'autres se fixent. Exactement comme dans la vie. Ils grandissent, mûrissent et s'expriment lorsqu'ils sont nourris par l'attention, l'intention, l'amour. Ils portent en eux le récit. Le récit dans sa globalité tissé des récits de chacun. Je me sens parfois comme une araignée essayant de faire tenir ensemble tous ces fils transparents.

 

J'aime les araignées, je répugne à détruire leurs œuvres quand je fais le ménage dans la cabane. Elles me parlent de la délicatesse de la solidité, de la fragilité de tout, de persévérance, d'éternel recomencement. Lorsque je m'impatiente, elles me rappellent que j'ai été cet enfant, cette jeune fille qui passait des heures à tamiser ses sensations, à guetter le mot juste, à regarder. Elles me rendent au le temps de l'écriture.

 

Il n'est pas toujours été facile de faire coïncider les différents temps. L'éditeur travaille dans le temps du marché, des ventes, des contrats, des bilans comptables, de la fabrication. L'éditeur rend le livre réel. Pour que tous ces mystères prennent corps et s'inscrivent dans ce qu'on appelle la réalité, il faut aussi respecter ce temps-là. Parfois, les temps se heurtent, ils doivent s'adapter les uns aux autres. Mon éditrice m'a merveilleusement accompagnée toutes ces années. J'ai écrit ce que je voulais écrire, comme je voulais, avec la certitude de son regard fin et bienveillant.

 

Le lecteur évolue dans le temps du désir, du plaisir, du jeu. Il dévore, il veut savoir, il s'impatiente. Comment faire lorsqu'il lit en deux jours ce que je mets un an à écrire? Plus que tout, je voulais que le lecteur lise vraiment. Je veux dire, pas seulement qu'il veuille savoir la fin de l'histoire, qu'il égrène des péripéties, mais qu'il s'installe dans la lecture. Qu'il ait ce plaisir, ce vertige là. Celui, qui a façonné, consolé, délacé mon enfance et mon adolescence. Plonger dans un livre, être happée, bouleversée, emportée, vouloir se blottir entre les pages et dormir. Je souhaitais qu'il se retrouve dans LES EVEILLEURS comme à la maison, comme dans une cabane dans les arbres, un phare, un voyage. A l'orée de chaque nouveau tome, à la fin de chaque volume, je me demande si je vais réussir.

Quand vous répondez à mon invitation, tant d'années après la parution du premier tome, quand je lis vos mots en réponse aux miens, la traversée se déploie plus libre, plus ample. Et l'écriture n'est plus un travail aussi solitaire. Elle prend tout son sens.

P.A.

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 09:25
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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 14:58

 

6 septembre 2017

Jour 1

 

Mon dernier article ici date du 29 décembre 2014.

Une longue absence sur laquelle je ne poserai que quelques mots: deuil, pertes, repères pulvérisés, tristesse, le temps retourné, kidnappé. Bataille avec les tentacules jour après jour. J'ai la sensation de sortir d'un long tunnel. Je cligne encore des yeux. Mais je sors !

Il est temps, maintenant, de regarder devant... et, devant, il y a : LES EVEILLEURS !

 

Un point donc sur LES EVEILLEURS.

En mars, j'ai envoyé à la maison d'édition LE NOMADSTERE, volume 5 des Eveilleurs.

Mais LE NOMADSTERE ne sera pas publié en 2017. Pourquoi? Parce que la maison d'édition a fait le choix de ne pas lancer le volume 5 avant d'avoir le volume 6 en mains. En outre, elle aimerait qu'il s'agisse du dernier volume de la saga. Pourquoi? Les arguments sont commerciaux, tactiques. Elle souhaite relancer la série, beaucoup de temps est passé etc.

En résumé: nous avons un tome prêt qui doit attendre que le prochain soit écrit pour voir le jour. Et le challenge suivant: clore le cycle en un seul volume.

 

La vie est surprenante. Nous n'avons pas, sur le temps, les événements, la vie en somme, le contrôle que nous pensons avoir. Tout, tout le temps, peut changer. Surprises. Impermanence. Quand la vague est trop forte, résister est inutile et épuisant. Economiser sa respiration, tenir et —plus difficile— garder confiance, se nourrir de minuscules bonheurs, parier sur la lumière. La vague finit par passer. Toujours. On peut alors considérer l'horizon vide et limpide et recommencer.

 

J'ai commencé à prendre des notes pour LES EVEILLEURS en 2000. En 2006, j'ai commencé à écrire le premier tome. SALICANDE est paru en 2009.

Cela fait plus de onze ans que je bâtis cet univers, que je circule entre Salicande et Vieil Ambre, que je me promène dans les limbes, que je vis nuit et jour avec les personnages. Onze ans que je vous rencontre, que je vous écris, que vous m'écrivez, que vous m'accompagnez. Je n'ai jamais cessé de recevoir des messages de lecteurs qui découvraient LES EVEILLEURS. Entre mai 2016 et janvier 2017, je n'ai pas pu travailler mais, à travers vous, le récit continuait à vivre.

 

Ainsi, au moment de retourner à la cabane pour écrire ce qui sera peut-être le dernier tome de cette longue récit que je porte en moi depuis tant d'années, j'ai une proposition à vous faire.

 

Et si je tenais un journal d’écriture du tome 6 des Éveilleurs?

Un récit du work in progress.

Un journal de bord de la traversée.

Les petits pas de l'écriture en cours.

Un accompagnement régulier en direct, par les lecteurs, du processus d’écriture du dernier tome de la saga.

Le quotidien de l'écriture.

L'écriture dans le quotidien.

 

Seriez-vous intéressés?

 

Nous disons-nous à bientôt?

P.A.

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 11:45

 

En chemin, en route vers Venise, ses canaux, ses chats et sa mélancolie, je m'aperçois que si j'attends mon retour pour vous écrire nous serons déjà l'année prochaine.

Et je ne voulais pas rester si longtemps (un mois oui mais un an?) loin de vous!

 

Je vous souhaite une année 2015 comme vous le désirez ou comme vous en avez besoin (ce qui n'est parfois pas la même chose)...

Belle

Sereine

Surprenante

Positive

Amicale

Légère

 

Je fais ici la promesse solennelle de répondre aux commentaires du blog laissés sans réponse en début de nouvelle année. Quand je serai, enfin, à nouveau immergée dans le labyrinthe du Nomadstère.

 

Hâte de vous y voir bientôt

 

Gardez-vous bien, l'hiver approche...

 

Je vous embrasse

P.A.

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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 17:02

 

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Lectrices, Lecteurs, je vous salue !

 

J’ai repris, aujourd’hui, le chemin des Eveilleurs.

Comme une fiancée timide, j’ai tourné autour du pot, me préparant un café, ramassant les noisettes et les noix dans le jardin, répertoriant tout ce que ne ferais pas si je passais à l’acte —la paperasse, les comptes, le supermarché, la lessive, le rangement…—, goûtant du bout des doigts le fleuve obsédant qu’est ce récit.

 

Les noisettes ont dû représenter une dot satisfaisante puisque l’histoire a accepté de me reprendre à bord.

J’ai passé la journée à organiser les notes prises ces derniers mois, en les rangeant dans les fichiers qui leur correspondent : « Intrigue Générale », « Plan Eveilleurs 5 », « Scénario Ev 5 », « Plan Salicande », « Plan Limbes », « Portraits Personnages », « Personnages Nomadstère », « Vocabulaire Nomadstère » etc etc…

La journée a passé comme une flèche, ce récit engloutissant le temps comme une baleine ses tonnes de krill.

 

L’automne est là.

Je l’ai vu se déverser sur les ceps de vigne, hier, par la fenêtre du train qui me ramenait chez moi.

Un Temps Rouge comme je les aime, lumineux, sec, venteux.

Et sur le vent, déjà, le goût blanc de l’hiver, léger, prémonitoire.


Bientôt l’équinoxe marquera le passage.

Alors j’aspire avec application chaque touche de lumière sur les feuilles encore vertes, sur les feuilles déjà rouges, chaque crac des glands sous mes pas, chaque sensation de chaleur qui s’attarde. Et, ici et là, le souvenir d’Aladin qui ne promène plus sa féline démarche rousse sur l’herbe. Pourtant, je continue de lever les yeux du clavier, croyant le voir passer, coursant une musaraigne, jouant avec un papillon.

 

Le temps des Eveilleurs est revenu !

Je reprends mes déambulations dans le jardin, les conversations muettes avec l’écureuil, l’observation infinie des nuages, mes tendresses avec l’acacia qui jamais, jamais ne me repousse quand je viens poser ma joue contre son écorce rugueuse et promener mes doigts sur sa mousse bouclée.

 

Le Temps Rouge et le Temps Blanc seront donc consacrés aux Eveilleurs. Je voulais vous le dire car vous m’avez manqué. Les Eveilleurs m’ont manqué. Ce n’était, de ma part, ni abandon ni infidélité, ni ingratitude ni négligence. Seulement la réalité —l’autre réalité— qui exigeait son dû : s’occuper des siens —les enfants qui grandissent et s’en vont, les parents qui vieillissent et s’en iront—, veiller au cœur et aux racines, accompagner le chat parti jouer sur d’autres territoires, gagner de l’argent, organiser le quotidien…

 

Demain, j’entre un peu plus avant dans le fleuve, en commençant par reporter sur l’ordi les corrections faites sur ma dernière lecture. Mais déjà, ils sont tous là : Blaise joue à joue avec moi contre l’acacia, Claris dans chaque mot choisi, Maya dans le crac des glands sous mes pas, Chandra dans la poêle qui grésille, Jad dans le passage des nuages, Longue-Vue dans le bruit des chevaux de l’autre côté de la haie, Le Gris dans le souvenir du Roux, l’Engrillagée quand point la solitude, Bahir quand surgit le manque, Eben quand vibre la colère et la mélancolie…

Et les Vifs, toujours, autour…

 

Ouf, je suis rentrée à la maison…

 

J’espère de tout cœur que vous êtes toujours là, que vous tenez le fil, je vous embrasse et

 

VOUS SOUHAITE UN BEAU TEMPS ROUGE !

 

P.A.

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